Accueil Commission scientifique Conférence : Coup de chaud sur le corail. J. Mallefet 02/2008

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Conférence : Coup de chaud sur le corail. J. Mallefet 02/2008 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Marlière Pierre   
Jerôme Mallefet, docteur en biologie, est chercheur et professeur à l'UCL.

Il nous livre un message inquiétant sur les conséquences probables du réchauffement global sur les récifs coralliens. Les coraux que l'on retrouve dans les barrières sont le résultat d'une symbiose entre un polype (un cnidaire : les hydres, méduses, les anémones) et des algues microscopiques, les zooxanthelles. Ces algues vivent à l'intérieur des tissus des polypes. Chacun y trouve son compte : par photosynthèse, les algues produisent des matières organiques qui nourrissent le polype et bénéficient en échange du CO2 que celui-ci produit en respirant. Ce sont aussi ces algues qui donnent sa couleur au corail (une hydre, une anémone ou une méduse, c'est transparent !) Les coraux à récif se trouvent dans des eaux dont la température est comprise entre 20 et 30°C.

Depuis 20 à 30 ans, on constate de temps en temps des " blanchiments de coraux " : des zones entières de récifs deviennent blanches. Ces zones retournent parfois à leur état initial, souvent pas. Elles sont alors colonisées par des algues ou d'autres coraux. Ce phénomène se produit de plus en plus souvent et est de plus en plus généralisé. Même si le mécanisme exact n'est pas encore tout à fait connu, il semble acquis que l'élévation de la température de l'eau est le facteur déclenchant. Jusque 29°C, tout va bien, mais il suffit d'un ou deux degrés de plus pendant quelques jours ou semaines pour que la situation se dégrade. Les zooxanthelles produisent dans ce cas des acides et se font expulser par le polype. Moins de zooxanthelles implique moins de couleur (on voit alors le squelette calcaire par transparence) c'est le blanchiment. Toutes les zooxanthelles ne sont pas expulsées, surtout si l'élévation de température est brève, ce qui explique qu'une régénération est possible, sur une période qui va de 2 à 10 ans. Moins de zooxanthelles veut aussi dire moins de nutriment pour le corail, qui du coup, croît moins vite et est plus sensible aux maladies.

Le phénomène n'est pas nouveau et frappe différemment les récifs, probablement en fonction des espèces exactes de coraux et zooxanthelles en présence. Il est cependant de plus en plus fréquent et de plus en plus étendu. Les récifs n'ont plus le temps de se récupérer. Même si on exclut les scénarios catastrophe, les projections sur le réchauffement global prévoient une élévation de la température des océans de quelques degrés. Dans ces conditions, il est probable que la fréquence et l'intensité des blanchiments ira en s'amplifiant et les récifs coralliens risquent fort d'être profondément modifiés, voire de disparaître sur quelques décennies. Les conséquences en seraient nombreuses : biodiversité (les récifs sont des écosystèmes extrêmement riches), économiques (tourisme, disparition de la protection naturelle de certaines zones), disparition d'un piège à carbone gigantesque (le squelette calcaire des colonies).

Pierre